Face aux risques de ruptures d’approvisionnement alimentaire, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg développent un projet inédit de résilience territoriale associant acteurs publics, professionnels et citoyen·nes. Portée notamment par Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à l’alimentation et à l’agriculture nourricière, cette démarche fait de l’autonomie alimentaire un enjeu stratégique de sécurité publique.

Anticiper les crises alimentaires comme enjeu de sécurité publique

En 2025, la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, aux côtés d’Ouest Aveyron Communauté, ont été désignées lauréates d’un appel à projets interministériel du Programme national pour l’alimentation, destiné à soutenir des actions innovantes en faveur d’une alimentation saine, locale et durable.


Intitulé « Résilience alimentaire et sécurité civile », le projet vise à analyser les vulnérabilités du territoire face aux risques de rupture d’approvisionnement alimentaire liés à des crises climatiques, géopolitiques ou sanitaires. Il s’inscrit dans la continuité du projet alimentaire territorial porté par les collectivités.


👉 Postulat central : repenser l’autonomie alimentaire constitue désormais un enjeu de sécurité publique.


Les collectivités partenaires ont ainsi engagé un travail conjoint avec les services de l’État et les acteurs locaux afin de renforcer la résilience alimentaire de leurs territoires.

 


 

Un diagnostic des vulnérabilités du territoire

La première phase du projet repose sur un diagnostic approfondi des fragilités des territoires concernés, aux caractéristiques très différentes. Un constat marquant illustre l’ampleur de l’enjeu : même en mobilisant l’ensemble des surfaces agricoles de l’Eurométropole, la production locale couvrirait à peine 8 % des besoins alimentaires des habitant·es. Cette situation souligne la forte dépendance du territoire et la nécessité de stratégies d’anticipation.

 


 

Une démarche collective pour construire la résilience

Le projet implique une approche participative associant :

• habitant·es,
• commerçant·es,
• agriculteur·trices,
• élu·es,
• partenaires institutionnels.

Des groupes de travail, formations et événements grand public permettront d’identifier des solutions opérationnelles pour garantir l’approvisionnement en situation de crise.

L’ensemble des travaux alimentera un guide méthodologique d’anticipation et d’adaptation, destiné à :
• renforcer le plan communal de gestion de crise,
• proposer des recommandations concrètes,
• servir de modèle pour d’autres territoires.

Le projet est prévu durer jusqu’en juin 2027 ; le guide sera transmis aux ministères concernés et mis à disposition des collectivités souhaitant développer leur stratégie alimentaire.

 


 

Un projet soutenu par l’expertise et l’action publique

La démarche est accompagnée par Stéphane Linou, consultant, auteur du livre « Résilience alimentaire et sécurité nationale » et pionnier du mouvement locavore en France, spécialiste des enjeux de résilience alimentaire.

Le  projet strasbourgeois bénéficie d’un budget de 66 000 €, financé à 70 % par l’Agence de la transition écologique ADEME.

 


 

Expérimenter la gestion de crise : simulations et ateliers

 

Une journée dédiée à la sécurité alimentaire

Le 6 juin 2025, une journée consacrée à la sécurité alimentaire a été organisée, comprenant notamment une conférence ouverte au grand public.

 

Une simulation de crise à l’échelle territoriale

En décembre 2025, plus d’une vingtaine de représentant·es du comité partenarial alimentation — réunissant notamment la Région, l’Université de Strasbourg, la Chambre d’agriculture, Bio en Grand Est, la CCI, la Chambre de métiers ou encore la Banque alimentaire — ont participé à un exercice de simulation.

Pendant une demi-journée, les participant·es ont incarné différents acteurs de la chaîne alimentaire confrontés à un événement climatique majeur. L’exercice a permis d’identifier rapidement les vulnérabilités existantes et de rechercher collectivement des solutions pour assurer l’approvisionnement de la population.

On se rend compte pendant ces actions que l’économie, la sécurité et l’écologie sont liées. Par exemple, entretenir et développer au quotidien nos producteurs locaux permet de compter sur eux en cas de crise. L’Eurométropole est un bon exemple, car elle soutient la filière de légumineuses (…).
— Stéphane Linou, Consultant

 


 

Pistes d’action identifiées

Parmi les solutions envisagées à la fin de la simulation :

  • sensibiliser les citoyens à constituer des stocks alimentaires domestiques ;
  • structurer en amont des plans d’action coordonnés entre élu·es et acteurs alimentaires ;
  • développer de nouveaux sites de production maraîchère locale ;
  • renforcer les filières agricoles territoriales.

 

Ce type de réflexion sera également proposée au grand public afin de sensibiliser la population et de recueillir de nouvelles contributions, par exemple à Schiltigheim et au Neuhof.

 


 

Pourquoi cette démarche est-elle innovante ?

Pour Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à l’alimentation, à l’agriculture nourricière et à la restauration scolaire, l’initiative repose sur trois évolutions majeures :

L’alimentation comme enjeu de sécurité civile et défense nationale
La question alimentaire doit être abordée au même titre que l’énergie.

Une relocalisation stratégique
Le développement des filières locales devient un impératif de résilience territoriale.

L’engagement citoyen comme levier central
La préparation aux crises implique directement les habitant·es, appelés à devenir acteurs de leur propre résilience.

Strasbourg ne pourra jamais nourrir Strasbourg. Mais le meilleur moyen d’affronter une crise est de s’y préparer. Cet atelier nous a permis de mieux prendre conscience des atouts et des fragilités du territoire.
— Antoine Neumann, Conseiller municipal délégué – Alimentation, agriculture – Ville de Strasbourg