Un collectif de maires, de députés français et européens, de sénateurs et de personnels associatifs appelle, dans une tribune au « Monde », à la création d’un réseau durable de solidarité pour que les victimes de LGBTphobie puissent vivre en sécurité.

Des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes, ou dont l’orientation, l’identité ou l’expression de genre ne correspond pas aux normes de la société sont persécutées à travers le monde. Elles subissent violences, chantages, rejet familial, arrestations, voire peine de mort. En 2026, l’organisation non gouvernementale ILGA World dénombre 65 Etats membres des Nations unies criminalisant encore les relations entre personnes de même sexe. Dans de nombreuses démocraties, des offensives politiques et législatives cherchent à restreindre leurs droits, et en particulier les droits des personnes trans et intersexes. La persécution LGBTQIA+ est mondiale, l’organisation de la solidarité doit l’être aussi.

Au Sénégal, la loi n° 2026-08, promulguée le 31 mars, porte de cinq à dix ans d’emprisonnement les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe. Elle étend aussi la répression à l’apologie, au financement et à la promotion de l’homosexualité, de la bisexualité ou de la transidentité. Derrière ce texte, il y a les vies de celles et ceux qui doivent se cacher, craignant d’être dénoncés ou emprisonnés et n’ayant d’autre choix que de fuir.

Face à l’attaque de droits humains, nos politiques de protection ne peuvent dépendre ni de la nationalité de la personne persécutée, ni de l’actualité du moment. Une personne LGBTQIA+ persécutée au Sénégal doit pouvoir être protégée. Tout comme une personne trans menacée aux Etats-Unis. Tout comme une personne gay poursuivie en Ouganda. Ou encore celles visées par une opération de police menée en Turquie depuis le 13 septembre, où plus d’une centaine de militants ont été arrêtés.

En ce sens, la France doit être un refuge et non pas seulement un pays qui se contente de condamner. Elle porte une tradition universaliste de défense des droits humains. Des organisations comme l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides] reconnaissent déjà la protection pour motif d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. Mais entre le droit proclamé et la possibilité concrète de se mettre à l’abri, il existe un fossé. Que vaut le droit d’asile quand atteindre le territoire recherché est impossible ? Il faut ouvrir davantage de voies légales et sûres d’accès au territoire, notamment en cas de risque grave et documenté.

Recrudescence des violences

Il faut aussi accueillir et mettre en place un véritable accompagnement social en s’organisant entre les collectivités et les associations locales. Nous avons besoin de mettre en réseau ce qui existe. Pour cela, il ne manque que la volonté politique. C’est pourquoi un réseau français de villes et territoires refuges LGBTQIA+, associant collectivités volontaires, État et associations spécialisées, doit voir le jour. Des collectivités pourraient mobiliser des logements vacants, comme hébergements temporaires, faire de l’accompagnement social ou encore renforcer le soutien aux associations. Une ville refuge ne serait pas seulement un lieu où l’on dort, mais celui où l’on peut recommencer à vivre en sécurité.

Et parce qu’une personne menacée ne devrait pas avoir à risquer sa vie pour atteindre un pays sûr, nous voulons que la France porte au niveau européen une politique ambitieuse de voies légales et sûres permettant la mise en protection des personnes. L’Union européenne dispose de différents outils qui peuvent être mobilisés. Nous pouvons faire de l’Union européenne un abri, y compris lorsque ces menaces surgissent à l’intérieur de ses frontières.

Car défendre les personnes persécutées dans le monde ne justifie pas qu’on ferme les yeux sur nos propres reculs. La France n’est pas exempte de la recrudescence des violences, des discriminations et des discours de haine LGBTphobes. L’égalité réelle et les conquêtes du passé sont constamment attaquées. Notre combat doit donc être international, français et européen. Il ne s’agit pas ici d’attribuer les bons points entre pays progressistes et pays persécuteurs, mais de défendre partout le même principe : nul ne devrait être empêché de jouir de ses droits fondamentaux, quelle que soit son identité, quelle que soit la personne aimée.

Cet appel s’adresse à toutes les forces politiques, associations, élus, syndicats, universitaires et citoyens pour qui la dignité n’est pas négociable. Nous nous tournons en particulier vers les forces républicaines pour qui la solidarité internationale reste une boussole de valeurs. Partout où les droits reculent, notre solidarité doit prendre le pas.

Parmis les signataires
  • Pascal Barbier, président du Grand Ouest Toulousain agglomération
  • Stéphane Baudet, maire (divers centre) d’Évry-Courcouronnes (Essonne)
  • Philippe Bouyssou, maire (PCF) d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne)
  • Mélissa Camara, eurodéputée (Les Verts)
  • Lila Djellali, coordinatrice des villes refuges pour l’accueil des femmes afghanes
  • Carolina Faye, adjointe (Les Écologistes) au maire d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis)
  • Emmanuel Grégoire, maire (PS) de Paris
  • Marame Kane, directrice des stratégies et partenariats de Global Black Pride
  • Sofienne Karroumi, maire (divers gauche) d’Aubervilliers et vice-président de Plaine Commune
  • Léon Thébault-Maviel, maire (sans étiquette) de Marcillac-Vallon (Aveyron)
  • Anouk Veyret, coprésidente de l’Inter-LGBT
  • Omar Yaqoob, maire (LFI) de Creil (Oise) et président de l’agglomération Creil Sud Oise

Source / Média

le Monde

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