La Fondation Jean Jaurès en collaboration avec le collectif Sens du service public, publie un document majeur pour repenser l’organisation de l’État. Loin d’une simple étude technique d’une soixantaine de pages, il rassemble les contributions d’un collège d’experts pluridisciplinaires nous faisant comprendre que la décentralisation est avant tout un projet de survie démocratique. En croisant théorie juridique et réalité de terrain, ce document offre une feuille de route concrète pour bâtir une République plus proche, plus agile et plus solidaire.

Le rapport identifie cinq enjeux fondamentaux pour sortir de l’essoufflement du modèle actuel.

I. Aller vers la démocratie locale permanente

La décentralisation doit servir à rapprocher la décision des habitant·es pour que l’action publique soit plus lisible et efficace au quotidien. L’objectif est de passer d’une démocratie locale « ponctuelle » (limitée aux élections) à une démocratie « permanente » via des assemblées citoyennes tirées au sort ou des budgets participatifs.

Quelques citations clés pour comprendre :

Dans le débat public français, la décentralisation est jusqu'ici abordée comme un enjeu de gestion [...] alors qu'elle est avant tout un enjeu démocratique, de proximité, de coopérations et d'adaptation aux besoins ainsi qu'aux configurations locales.
— Introduction, page 1

Un enjeu porté par des regards complémentaires :

  • Émilie Agnoux et Johan Theuret (coordinateurs·rices) plaident pour une « réforme par le bas » et proposent de substituer la logique technocratique actuelle par une « méthode démocratique ». Leur priorité est de faire confiance à « l’intelligence citoyenne » en créant des conventions citoyennes territorialisées pour penser l’action publique à partir des trajectoires de vie des usager·ères plutôt que des découpages administratifs.
  • Benjamin Morel (constitutionnaliste), dans sa contribution « Démocratiser le local », érige la lisibilité en condition sine qua non de la démocratie. Pour lui, la décentralisation doit être une « école de la citoyenneté » où chaque citoyen·ne peut réellement évaluer un projet et un bilan. Il s’inquiète de la dissolution de la responsabilité dans les structures intercommunales complexes.
  • Manon Loisel et Nicolas Rio (politistes) considèrent la question démocratique comme le « principal impensé » des quarante dernières années de décentralisation. Ils dénoncent une « technicisation » et une « dépolitisation » des enjeux locaux (notamment dans les intercommunalités gérées par consensus technique) qui invisibilisent les choix politiques. Leur priorité est d’organiser la pluralisation des débats et d’inclure les « inaudibles », ces personnes qui se sont détournées de la politique locale. Pour traiter les conflits d’usage (eau, sols, etc.), il faut créer des « arènes de négociation » permettant de trancher les divergences d’intérêts et de dégager des compromis acceptables par tous·tes. C’est à l’échelle locale que peut s’organiser une gestion démocratique des ressources disponibles.

II. L’adaptation territoriale, ou la nécessité d’un impérieux changement culturel

Plutôt que d’appliquer les mêmes règles partout, ce point prône une organisation où chaque collectivité pourrait ajuster son action selon sa taille et ses besoins spécifiques — via notamment des « zones d’expérimentation » pour tester de nouvelles solutions, par exemple en matière d’écologie ou de gestion de l’eau.

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